Bailly et al. - Rapport des commissaires chargés par le Roi de l’examen du magnétisme animal (1784)

Magnétisme animal et somnambulisme

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Le 12 mars 1784, Louis XVI nomme quatre médecins de la Faculté de Paris (Borie, remplacé à sa mort par Majault, Sallin, d’Arcet, Guillotin) puis, à leur demande, cinq membres de l’Académie des sciences : Franklin, Le Roy, Bailly, de Bory et Lavoisier. La commission examine la pratique de Charles Deslon, ancien disciple de Mesmer, dont elle tient les principes pour identiques à ceux du maître. Rédigé par Bailly, le rapport est signé le 11 août 1784 et imprimé par ordre du roi à l’Imprimerie royale (66 pages).

Le texte s’ouvre sur une description du traitement public, le baquet de chêne hérissé de tiges de fer, la corde qui lie les malades, le piano-forte, les convulsions qui durent parfois plus de trois heures et la « salle des crises ». Les commissaires comprennent vite que ce spectacle ne permet aucune conclusion et déplacent l’enquête vers des épreuves isolées : chez Franklin à Passy, chez Majault avec le docteur Jumelin. Le principe est simple et neuf. On bande les yeux du sujet, on le magnétise sans qu’il le sache, ou on lui fait croire qu’il l’est alors que personne n’agit. Au jardin de Passy, un garçon d’une douzaine d’années amené par Deslon tombe en crise au pied du quatrième arbre qu’on lui fait embrasser, alors que seul un abricotier éloigné avait été magnétisé.

La conclusion est unanime : « rien ne prouve l’existence du fluide magnétique animal ». Les effets observés relèvent de l’attouchement, de l’imagination et de « cette imitation machinale qui nous porte malgré nous à répéter ce qui frappe nos sens » ; les expériences montrent que l’imagination sans magnétisme produit des convulsions et que le magnétisme sans l’imagination ne produit rien. Le rapport ajoute que les crises répétées en public sont dangereuses et pourraient se répandre par contagion. Un second texte, le « rapport secret » destiné au roi seul et consacré aux dangers du traitement pour les mœurs des femmes magnétisées par des hommes, ne fut pas publié en 1784 ; il parut en 1800 dans Le Conservateur et Montègre le reproduit en 1812 (lien ci-dessous). La même année, Antoine-Laurent de Jussieu, membre de la commission parallèle de la Société royale de médecine, refusa de signer le rapport de ses collègues et publia un avis séparé.

Le rapport Bailly est souvent présenté comme l’acte de naissance de l’essai en aveugle et de l’étude expérimentale du placebo. Il consacre surtout l’imagination comme cause réelle de phénomènes corporels, ce que Deslon lui-même concède en suggérant qu’elle pourrait devenir un outil thérapeutique. Pour la recherche sur les expériences exceptionnelles, il fixe un cadre de preuve qui reste le nôtre, et une asymétrie durable : la commission juge le fluide, pas le somnambulisme que Puységur observe à Buzancy au même moment et qu’elle ignore.

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Référence

Commissaires chargés par le roi de l’examen du magnétisme animal [Bailly, J.-S., rapporteur]. (1784). Rapport des commissaires chargés par le roi de l’examen du magnétisme animal. Imprimerie royale.

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