Puységur - Mémoires pour servir à l’histoire et à l’établissement du magnétisme animal (1784)

Magnétisme animal et somnambulisme

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Armand-Marie-Jacques de Chastenet, marquis de Puységur (1751-1825), officier d’artillerie, suit l’enseignement de Mesmer avant de s’installer au printemps 1784 dans sa terre de Buzancy, près de Soissons. Ses Mémoires ne visent pas d’abord le public : la lettre d’envoi, datée du 28 décembre 1784, demande à son destinataire de ne les prêter à personne tant que cinquante magnétiseurs au moins n’auront pas reproduit les mêmes expériences. L’avant-propos répond directement aux deux rapports académiques de l’été.

Le cœur du livre est une lettre du 8 mai 1784. Puységur y raconte avoir magnétisé, le 4 mai, un paysan de vingt-trois ans atteint d’une fluxion de poitrine, que l’historiographie connaît sous le nom de Victor Race. Au bout d’un demi-quart d’heure, l’homme s’endort « paisiblement » dans ses bras, sans convulsions, parle, répond, puis ne garde aucun souvenir de la séance. Dans cet état, écrit Puységur le 17 mai, il indique lui-même les jours où il doit être touché et prescrit des remèdes à d’autres malades ; « ce n’est plus un paysan niais » mais un être que son magnétiseur « ne sait pas nommer », qui semble répondre à sa pensée non formulée. Pour soigner la foule qui afflue, Puységur magnétise un arbre près de la fontaine ; il compte un matin plus de cent trente personnes autour de lui.

Le texte ne se contente pas de l’émerveillement. Puységur note que Victor lui enseigne qu’« un regard, un geste, une volonté » suffisent, sans baquet ni pôles, ce qui défait le dispositif de Mesmer. Il rapporte l’épisode où le somnambule fait remettre à son magnétiseur l’acte de donation que sa sœur lui conteste, et s’inquiète de l’usage qu’un homme malhonnête pourrait faire d’un tel empire sur les consciences. Les dernières pages, datées de février 1785, relatent l’échec d’une démonstration parisienne devant des incrédules et en tirent une règle de méthode sur l’influence des dispositions de l’observateur.

Avec ces pages, l’attention se déplace de la crise convulsive vers un état de sommeil lucide, avec amnésie au réveil, suggestibilité et dédoublement de la personnalité. Ce « somnambulisme magnétique » est l’ancêtre direct de l’hypnose de Braid et de l’école de Nancy, et Pierre Janet, Ellenberger après lui, y verront l’une des sources de la psychologie de l’inconscient. Il fournit aussi le premier répertoire des facultés dites supranormales (lecture de pensée, diagnostic à distance, prévision) que les commissions du XIXe siècle et la recherche psi tenteront d’éprouver.

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Référence

Chastenet de Puységur, A.-M.-J. de. (1784). Mémoires pour servir à l’histoire et à l’établissement du magnétisme animal [s.n.].

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