Joseph Philippe François Deleuze - Histoire critique du magnétisme animal (1813)

Magnétisme animal et somnambulisme

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Joseph Philippe François Deleuze (1753-1835), naturaliste attaché au Muséum d’histoire naturelle, pratique le magnétisme depuis vingt-cinq ans lorsqu’il publie en 1813 cette Histoire critique en deux parties chez Mame. Il choisit à dessein un moment de reflux : il a observé en silence, écrit-il, tant qu’on se disputait avec chaleur, et publie maintenant que « l’insouciance a remplacé l’enthousiasme ». Le projet se veut sobre. Deleuze promet de ne se permettre « aucune hypothèse », de supposer l’illusion partout où elle est possible et de ne retenir que ce qu’ont vu des témoins dignes de foi.

La première partie expose la découverte et sa diffusion, les preuves et les « moyens de se convaincre », les procédés, l’influence de la confiance du malade, les dangers et les abus, puis consacre un long chapitre au somnambulisme. Deleuze y distingue trois écoles : celle de Mesmer, fondée sur un fluide qu’il rapproche de la physique d’Épicure, celle des spiritualistes, pour qui tout dépend de la volonté et de la prière, et celle de Puységur, « uniquement établie sur l’observation », dont il se réclame. Il affirme que le somnambulisme a été vu en France par plus de cinquante mille personnes et décrit ses traits constants : vision les yeux fermés, rapport exclusif avec le magnétiseur, perception de son propre intérieur, prévision des crises. Deux chapitres séparent nettement ces faits des doctrines mystiques auxquelles certains magnétiseurs les avaient associés.

La seconde partie est une bibliographie raisonnée de plus de trois cents pages. Deleuze y résume les écrits de Mesmer et de Deslon, les rapports de 1784 (y compris le rapport secret et l’avis dissident de Jussieu), les journaux de traitements de Tardy de Montravel ou de la Société harmonique de Strasbourg, puis une série de textes sur des faits voisins : les guérisons de Greatrakes, la catalepsie de Petetin, les sourciers étudiés par Thouvenel, le perkinisme, les convulsionnaires de Saint-Médard. La conclusion de la première partie retourne l’argument des commissaires : même si tout n’était qu’illusion, tenir la main d’un malade avec « l’intention et la confiance » ne peut lui nuire.

Ce livre marque le passage du mesmérisme militant à une histoire documentée et à une pratique d’observation. Son souci des témoignages, des précautions contre la fraude et des récurrences entre observateurs indépendants annonce la méthode des premiers chercheurs en recherche psychique. Il reste la meilleure porte d’entrée dans la littérature magnétique de 1779 à 1813, et Foissac lui consacre encore une notice en 1833, dans le volume qui publie le rapport Husson.

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Référence

Deleuze, J. P. F. (1813). Histoire critique du magnétisme animal (2 parties). Mame.

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