Magnétisme animal et somnambulisme
> Henri-Marie Husson – Rapport sur les expériences magnétiques à l’Académie royale de médecine (1831)
En octobre 1825, le jeune médecin Pierre Foissac propose à l’Académie royale de médecine d’examiner une somnambule. Une commission préparatoire conclut, par la voix de Henri-Marie Husson, qu’un nouvel examen s’impose ; après trois séances de débat, la section de médecine nomme le 28 février 1826 une commission spéciale (Bourdois de la Motte, Double, Fouquier, Guéneau de Mussy, Guersent, Itard, Laennec, Leroux, Magendie, Marc, Thillaye), où Husson remplace bientôt Laennec. Le rapport, lu dans les séances des 21 et 28 juin 1831, ne fut pas imprimé par l’Académie : on décida seulement de le faire autographier. Foissac le publie en 1833 avec les débats et un appareil de notes.
Les commissaires précisent d’emblée que ce qu’ils ont vu ne ressemble en rien au baquet de 1784 et qu’ils ne se prononcent pas sur l’existence d’un fluide. Ils classent leurs observations en quatre groupes, des effets nuls chez les sujets bien portants aux effets qu’ils jugent dus au magnétisme seul, puis décrivent le somnambulisme sous cinq rubriques : insensibilité, vision à travers les paupières closes, intuition, prévision intérieure et prévision extérieure. Les cas sont célèbres. Mme Plantin subit, sous sommeil magnétique, l’ablation d’un cancer du sein par Jules Cloquet sans manifester de douleur. Pierre Cazot, ouvrier chapelier épileptique, annonce le jour et l’heure de ses crises. Paul Villagrand et M. Petit lisent les yeux fermés, les paupières maintenues closes par les doigts d’un commissaire. La somnambule Céline décrit les maladies de personnes mises en rapport avec elle.
Les trente conclusions mêlent prudence et audace. La commission reconnaît que certains effets relèvent de l’ennui, de la monotonie des gestes ou de l’imagination, que le somnambulisme peut être simulé et que seul l’examen le plus sévère protège de l’illusion. Elle affirme pourtant avoir vu le sommeil provoqué à l’insu des sujets, deux somnambules lire les yeux fermés et deux autres sujets prévoir leurs accès « avec une exactitude remarquable ». Elle invite l’Académie à encourager ces recherches comme « une branche curieuse de psychologie et d’histoire naturelle ».
Ce texte est le premier rapport d’un corps médical officiel qui accepte, sur la foi de ses propres observations, des phénomènes de clairvoyance et de prévision. Il inaugure la tension qui traverse toute la suite : l’Académie ne publie pas le rapport, puis une nouvelle commission conduite par Dubois d’Amiens conclut négativement en 1837. Le compte rendu de l’anesthésie de Mme Plantin annonce l’usage chirurgical de l’hypnose, et les cas de Cazot ou de Céline forment un matériau de référence pour les débats ultérieurs sur la perception extrasensorielle.
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