Charles Richet - La suggestion mentale et le calcul des probabilités (1884)

Le sommeil à distance (1884-1887)

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Charles Richet publie cet article de soixante-six pages dans la livraison de décembre 1884 de la Revue philosophique de Théodule Ribot. Le physiologiste sait qu’il s’expose : il ouvre sur des « précautions oratoires » et termine par un plaidoyer pour le savant qui ose affronter l’opinion. Entre les deux, il construit un argument épistémologique. Certaines invraisemblances contredisent un fait démontré et peuvent être écartées sans examen ; d’autres tiennent seulement à notre ignorance, et celles-là exigent l’expérience. La suggestion mentale, définie comme l’influence de la pensée d’un individu sur celle d’un voisin « sans phénomène extérieur appréciable à nos sens », appartient selon lui à la seconde catégorie.

La nouveauté tient à la méthode. Richet renonce au récit de quelques cas frappants et compare le nombre de réussites à celui que prévoit le calcul des probabilités. Une personne regarde une carte tirée au hasard, une autre en devine la couleur ; viennent ensuite des photographies, une baguette tenue à deux mains qui amplifie les mouvements inconscients, puis les tables dites spiritiques. Sur 2 927 tirages de cartes, il obtient 789 succès pour 732 attendus. L’écart croît avec la complexité du dispositif : 44 succès sur 98 essais à la baguette pour 18 probables, 17 sur 124 à la table pour 3. La conclusion reste pesée. S’il fallait parier, Richet donnerait deux chances à l’existence de la suggestion mentale et une seule à l’hypothèse contraire. Un appendice ajoute les séries de Gley, de Varigny et Héricourt, dont certaines ne s’écartent guère du hasard ; il les publie quand même, pour montrer qu’il n’omet aucune expérience.

Ian Hacking a vu dans ce texte l’un des premiers usages du tirage aléatoire dans un plan d’expérience, bien avant que la statistique inférentielle en fasse une règle. Richet y discute les essais de la Society for Psychical Research avec les sœurs Creery, et Pierre Janet dira avoir voulu appliquer cette méthode à Mme B. au Havre avant d’y renoncer devant l’indocilité de la somnambule. La dernière section compte autant que les chiffres. Si la suggestion mentale existe, elle ne bouleverse pas la science ; elle révèle surtout « l’importance considérable de l’inconscience et de l’automatisme dans les phénomènes intellectuels ». La transmission de pensée est donc conçue d’emblée comme un phénomène faible, intermittent, logé dans l’activité inconsciente et variable selon les sujets. Les protocoles actuels de perception extrasensorielle, avec leurs petits effets et leurs difficultés de réplication, butent encore sur ce problème.

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Télécharger le texte en PDF (Revue philosophique, t. XVIII, décembre 1884, p. 609-674, source Internet Archive / University of Toronto)

Référence

Richet, C. (1884). La suggestion mentale et le calcul des probabilités. Revue philosophique de la France et de l’étranger, 18, 609-674.

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