Pierre Janet - Deuxième note sur le sommeil provoqué à distance (1886)

Le sommeil à distance (1884-1887)

> Pierre Janet – Deuxième note sur le sommeil provoqué à distance (1886)

Janet lit cette seconde note devant la Société de psychologie physiologique le 31 mai 1886 ; elle paraît dans la livraison d’août de la Revue philosophique. Mme B. est revenue deux fois au Havre, du 10 février au 18 mars puis à partir du 13 avril, et Janet a voulu produire lui-même ce qu’il avait vu Gibert obtenir. Il l’endort d’abord de près, en lui pressant le pouce, et ramène le délai d’endormissement de trois ou quatre minutes à moins d’une demi-minute. Le 22 février, après quatorze séances, il tente pour la première fois le commandement depuis chez lui, à quatre ou cinq cents mètres. L’essai échoue à demi ; les suivants réussissent. Le 2 mars, il retrouve la somnambule en catalepsie, qui coud trois ou quatre points par minute depuis une heure.

La note fournit une statistique. Vingt-deux essais à distance, par Gibert ou par Janet, donnent seize succès « précis et complets » et six échecs, tous comptés. Janet juge la coïncidence peu vraisemblable, affirme avoir pris toutes les précautions contre la suggestion involontaire et conclut seulement que ces faits « méritent d’être reproduits et étudiés ». Il raconte l’expérience du 16 mars : Gibert, depuis son cabinet, endort Mme B. et lui commande de le rejoindre. Peu après neuf heures elle sort sans se couvrir, les yeux fermés, traverse les rues en évitant les obstacles et arrive chez lui. L’épreuve est refaite devant Paul Janet le 20 avril, puis le 22 devant Myers, Ochorowicz et Marillier, que Janet nomme avec Richet parmi ceux qui avaient demandé à voir les expériences. Les dernières pages rapportent des faits plus rares : des hallucinations qui ne durent que si l’hypnotiseur touche la main du sujet, et la brûlure que Jules Janet, frère de l’auteur, s’inflige au poignet dans une pièce voisine, tandis que Mme B. crie et serre son propre poignet au même endroit.

Le texte montre la méthode de Janet à l’œuvre : un sujet unique suivi au jour le jour, la notation des phases du sommeil, qu’il décrit parallèlement dans un article envoyé à la Revue scientifique, l’attention portée aux effets que l’expérimentateur produit lui-même. Janet reconnaît qu’à force d’endormir Mme B. plusieurs fois par jour pour préparer la venue des observateurs, il l’a épuisée et a troublé les phénomènes. Il tient aussi ces faits à l’écart de la « lucidité des somnambules », qu’il ne veut pas étudier. Il reviendra plus tard sur ces expériences avec beaucoup plus de réserve, mais la note reste le document le plus complet de sa collaboration avec Gibert et la source directe des récits de Myers et d’Ochorowicz.

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Télécharger le texte en PDF (Revue philosophique, t. XXII, août 1886, p. 208-223 : la note de Janet, p. 212-223, est précédée de la note de J. Ochorowicz « Sur le problème de la suggestion mentale », p. 208-212 ; source Internet Archive / University of Toronto)

Référence

Janet, P. (1886). Deuxième note sur le sommeil provoqué à distance et la suggestion mentale pendant l’état somnambulique. Revue philosophique de la France et de l’étranger, 22, 212-223.

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