Julian Ochorowicz - De la suggestion mentale (1887)

Le sommeil à distance (1884-1887)

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Julian Ochorowicz, ancien professeur agrégé de psychologie et de philosophie de la nature à l’université de Lemberg, publie ce volume de plus de cinq cents pages chez Octave Doin en 1887, avec une préface de Charles Richet. Une deuxième édition paraît en 1889, une traduction anglaise en 1891. Richet y présente l’ouvrage comme « un recueil de faits » et fixe les deux causes d’erreur à écarter : la supercherie, surtout inconsciente, et le hasard. Le livre suit un plan en trois parties : les expériences de l’auteur, de la suggestion mentale « apparente » à la suggestion « vraie » ; les faits observés par d’autres, de Puységur au rapport Husson et aux enquêtes de la Society for Psychical Research ; les théories.

Le quatrième chapitre, « Les expériences du Havre », donne le récit le plus détaillé de la visite d’avril 1886. Ochorowicz a entendu la communication de Janet à la Société de psychologie physiologique et part vérifier, convaincu que la preuve de l’action à distance ruinerait la théorie exclusivement suggestive de l’hypnotisme. Avec les deux Myers et Marillier, il forme « une sorte de commission » et fixe les règles : heure tirée au sort, communiquée à Gibert quelques minutes avant l’essai, aucun habitant du pavillon, situé à près d’un kilomètre, informé de l’expérience. Il décrit Mme B., Bretonne d’une cinquantaine d’années, sa manière de reconnaître les assistants en touchant leur pouce, ses refus, une crise hystérique, et cite une lettre de Janet du 4 mai 1886 qui la nomme Léonie. Le verdict reste mesuré. Des essais qu’il a suivis, seul le quatrième lui paraît inexplicable sans un lien causal entre une volonté et un effet à distance ; il rappelle n’avoir été, pour le sommeil à distance, qu’un « observateur passif ».

La troisième partie examine les hypothèses concurrentes : perception exaltée des signes, fluide, action psychique directe, transmission psycho-physique. Ochorowicz rattache la transmission à un état précis du sujet, intermédiaire entre le sommeil vide d’idées, qu’il nomme « aïdéie », et le « monoïdéisme naissant », et cherche une loi de réversibilité sur le modèle du phonographe et du photophone. Les dernières pages invitent la science à reprendre les problèmes de l’occultisme ; la magie n’y est qu’une « science expérimentale mal fondée », et la suggestion mentale, une fois reconnue par la science, doit chasser l’occultisme au lieu de le nourrir. L’auteur poursuivra dans cette voie avec Eusapia Palladino puis Stanisława Tomczyk. Pour l’histoire de la dissociation, le livre intéresse par l’importance qu’il donne à l’état de conscience du récepteur : la réceptivité dépend du rétrécissement du champ psychique, hypothèse qui annonce les travaux reliant expériences exceptionnelles et états modifiés de conscience.

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Référence

Ochorowicz, J. (1887). De la suggestion mentale (préface de C. Richet). Octave Doin.

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