Gurney, Myers et Podmore - Phantasms of the Living (1886)

Les hallucinations télépathiques

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Les Phantasms of the Living paraissent à Londres en 1886, en deux volumes, sous l’égide de la Society for Psychical Research fondée quatre ans plus tôt. La préface répartit clairement les rôles : Myers signe l’introduction et une note théorique finale, Gurney rédige tout le reste, et Podmore a partagé le travail de collecte et d’expertise des témoignages au point que son nom ne pouvait manquer à la page de titre. Henry et Eleanor Sidgwick ont interrogé des témoins pendant leurs vacances ; Barrett, Lodge et Charles Richet sont remerciés pour leur part expérimentale.

Le livre repose sur une notion centrale, la télépathie, définie dès le premier chapitre comme « the ability of one mind to impress or to be impressed by another mind otherwise than through the recognised channels of sense ». Gurney part des expériences de transmission de pensée (cartes, nombres, dessins, les séries de Guthrie, l’écriture automatique des Newnham, les essais de Richet), passe par des cas « transitionnels » où un agent cherche volontairement à apparaître à distance, puis aborde les cas spontanés : rêves, impressions, hallucinations visuelles, auditives et tactiles, cas réciproques et collectifs. Les 702 récits numérotés sont presque tous de première main, accompagnés de lettres de témoins, de dates vérifiées, de documents officiels. Myers justifie le titre : une apparition survenue à l’heure de la mort relève encore des vivants, non des morts.

Le chapitre XIII, consacré à la « théorie de la coïncidence fortuite », fait l’originalité de l’ouvrage. Pour savoir si les apparitions coïncidant avec une mort peuvent s’expliquer par le hasard, Gurney a demandé à 5 705 personnes si elles avaient déjà eu une hallucination à l’état de veille. Il compare la fréquence de ces hallucinations ordinaires à celle des coïncidences recueillies et conclut que le hasard ne peut rendre compte de leur nombre. Il relève aussi que les hallucinations coïncidentes forment un groupe à part : plus souvent visuelles, presque toujours reconnues, liées à la mort ou à une crise grave. Dans le second volume, Myers propose une autre lecture des cas collectifs, où l’agent mourant exercerait une sorte de perception clairvoyante accompagnée d’une efficacité « phantasmogénétique ».

L’ouvrage fonde une méthode : l’enquête sur témoignages, la vérification documentaire, le calcul de probabilité appliqué aux récits d’expériences. Il inaugure aussi une psychologie de l’hallucination chez le sujet sain, alors abandonnée à la psychiatrie. La critique n’a pas manqué, sur la fiabilité des souvenirs comme sur les calculs. Mais la plupart des études contemporaines sur les expériences de fin de vie, les perceptions de proches mourants ou les hallucinations du deuil descendent, souvent sans le savoir, de ce protocole.

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Référence

Gurney, E., Myers, F. W. H. et Podmore, F. (1886). Phantasms of the living (2 vol.). Londres : Society for Psychical Research ; Trübner.

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