Les hallucinations télépathiques
> Gurney, Myers et Podmore – Les hallucinations télépathiques (1891)
La version française des Phantasms of the Living paraît chez Félix Alcan en 1891, dans la Bibliothèque de philosophie contemporaine, sous un titre nouveau : Les hallucinations télépathiques. Léon Marillier, maître de conférences à l’École des hautes études et secrétaire pour la France de la Society for Psychical Research, a traduit et abrégé l’ouvrage à la demande des auteurs. Le volume, qui ne compte plus que 397 pages, resserre en quinze chapitres le plan de Gurney, de la transmission expérimentale de la pensée jusqu’aux hallucinations réciproques et collectives, en ne retenant qu’une partie des cas.
Deux textes liminaires donnent au livre sa physionomie française. La préface de Charles Richet est un plaidoyer contre la « néophobie » des savants : on trouverait, écrit-il, cinq cents chimistes pour étudier la pyridine et à peine cinq ou six chercheurs pour étudier méthodiquement la télépathie. Richet distingue le raisonnement, l’observation et l’expérience. Les observations recueillies lui paraissent solides, mais il reconnaît que l’expérimentation n’a encore livré aucun experimentum crucis, faute de résultats répétables. Il lance un appel aux lecteurs et formule le projet d’une « science métaphysique positive ». L’avant-propos du traducteur marque au contraire une réserve : Marillier ne tient pas pour démontrées la suggestion mentale et l’action à distance, et il présente l’enquête statistique sur les hallucinations qu’il mène en France, en Belgique et en Suisse, parallèle à celles de Sidgwick en Angleterre et de William James aux États-Unis. Il détaille la commission créée par la Société de psychologie physiologique, présidée par Sully Prudhomme, et les règles à suivre pour qu’un témoignage soit recevable : récit signé du percipient, dates établies de façon indépendante, témoins qui ne se concertent pas.
Le corps de l’ouvrage restitue l’essentiel de l’argument, y compris le chapitre sur la théorie de la coïncidence fortuite et la statistique des 5 705 personnes interrogées. La conclusion, traduite de Gurney, résume la position du livre : c’est parce que la transmission de pensée lui paraît démontrée expérimentalement que l’auteur propose la télépathie comme « explication probable des hallucinations véridiques ». Le livre se dit lui-même pauvre en récits à sensation et « riche en dates vérifiées ».
Cette traduction a fait circuler en France le vocabulaire et la méthode de la recherche psychique anglaise, au moment où l’hypnose occupait les écoles de la Salpêtrière et de Nancy. Le titre choisi, qui range les apparitions parmi les hallucinations, fixe un cadre psychologique dont Flammarion contestera la pertinence. Le livre connut deux rééditions revues chez Alcan, en 1892 et en 1899.
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