Les médiums qui pratiquent la psychographie, cette écriture attribuée à une entité, écrivent-ils moins bien en transe ? Une équipe brésilienne réunie autour de Kleber Monteiro Pinto répond par la négative dans une étude publiée en février dans PLOS ONE.
Les auteurs considèrent la transe médiumnique comme un état modifié de conscience, dissociatif mais non pathologique, qui touche l’attention, le sentiment d’agentivité et l’expérience de soi. Les anthropologues et les cliniciens l’ont beaucoup décrite ; les neurophysiologistes beaucoup moins, surtout lorsqu’elle accompagne une activité aussi complexe que l’écriture.
Des médiums expérimentés ont été comparés à des participants à qui l’on demandait de simuler un texte dicté par une entité fictive. Tous ont écrit deux fois sous EEG haute densité : une fois dans leur état habituel, une fois en transe pour les médiums, en simulation pour les autres. Les textes ont ensuite été évalués à l’aveugle selon des critères linguistiques standardisés.
En transe, les médiums présentent une puissance spectrale accrue dans plusieurs bandes de fréquence, thêta, alpha et bêta notamment, que l’on n’observe ni chez les contrôles en simulation ni chez eux à l’état de veille. Le profil surprend : les modèles classiques de la production du langage associent plutôt la performance à une baisse des rythmes lents et à une hausse des rythmes rapides. Ici, plusieurs bandes s’activent ensemble.
Les textes écrits en transe sont par ailleurs de meilleure qualité linguistique que ceux que les mêmes médiums écrivent à l’état de veille, et ne diffèrent pas de ceux du groupe contrôle. La transe ne s’accompagne donc pas d’un déficit ; elle ressemblerait davantage à une réorganisation fonctionnelle qui préserve des capacités complexes. Les auteurs y voient l’indice d’un état dissociatif structuré, distinct des formes pathologiques.
L’échantillon reste réduit et l’étude ne comporte pas de mesures de repos qui permettraient de suivre le passage d’un état à l’autre. Les auteurs appellent à des analyses de connectivité et à des approches neurophénoménologiques plus fines. Ces résultats invitent néanmoins à revoir l’équation implicite entre dissociation et perte de moyens.
Référence : Pinto, K. M., Toutain, T. G. L. de O., Saba, H., Bastos Jr, M. A. V., do Rosário, R. S., Plácido, J., Loureiro, N., Fernandes, V. C., & Vivas Miranda, J. G. (2026). Brain activity and the production of written text during mediumistic trance: A controlled EEG study. PLOS ONE, 21(2), e0343216. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0343216