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Introduction à la parapsychologie expérimentale par Stefan Schmidt



Schmidt, S. (2014). Experimentelle Parapsychologie. Eine Einführung. Würzburg : Ergon, coll. « Grenzüberschreitungen » n°11, 159 p.

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Ce livre est tout simplement la meilleure introduction actuelle à la parapsychologie expérimentale. Il montre la maturation de cette discipline en Allemagne. Stefan Schmidt a en fait révisé et actualisé sa thèse de psychologie (publiée en 2004) pour présenter de façon concise et précise les différents paradigmes expérimentaux testant les perceptions extra-sensorielles et la psychokinèse. Cet auteur dirige désormais la section d’évaluation des recherches en médecines complémentaires à la Clinique universitaire de Fribourg-en-Brisgau en plus d’enseigner à l’Université Européenne de Francfort. Il explique sa motivation à écrire ce livre par le fait qu’il se sent animé de l’esprit scientifique, c’est-à-dire de l’envie d’explorer l’inconnu, de faire preuve de curiosité tout en acceptant la contradiction (p. 10).
Le livre débute par une courte introduction, l’explicitation de ce qu’est la parapsychologie expérimentale, un résumé de son histoire et une initiation à plusieurs aspects méthodologiques essentiels (méta-analyse, biais de publication, recherche orientée vers la preuve ou vers les processus, développements méthodologiques).
Avec ce bagage minimum, le lecteur est prêt à entrer dans le vif du sujet. Ganzfeld, Remote Viewing, Précognition, Télépathie en rêve, Sensation d’être observé, Interaction mentale à distance et Psychokinèse sont les sept paradigmes passés en revue (Chapitres 5 à 11). Certains sont sur le déclin, tandis que d’autres tiennent encore toutes leurs promesses. Il ne s’agit pas d’affirmer que « la preuve est faite » mais de pointer exactement la situation entre l’absence de preuves et la maîtrise du phénomène. Pour ce faire, l’outil principal reste la méta-analyse rétrospective dont Schmidt s’est fait un expert, ce qui lui permet également d’en indiquer les limites. Les chapitres s’achèvent sur des ouvertures vers les hypothèses et les biais qui méritent encore davantage d’exploration.
Un tableau (p. 99) résume l’état empirique des différents paradigmes en montrant que tous les paradigmes analysés obtiennent des effets significatifs, que la probabilité associée va de 0,03 (très faible) à 10^-16 (très élevée). Mais Schmidt pointe certaines réserves qui empêchent de prendre ces résultats globalement positifs pour la preuve accomplie de l’existence du psi.
A partir du Chapitre 12, Schmidt aborde avec brio quelques aspects épistémologiques et théoriques qu’il parvient à rendre accessibles à tous. Tout d’abord, le problème de réplicabilité et l’élusivité sont affrontés directement, à partir d’interprétations classiques et non-classiques de ce qui vient moduler le psi. La conclusion nuancée de Schmidt est celle-ci : « On trouve dans les données des expérimentations parapsychologiques des écarts qui ne peuvent s’expliquer par le hasard ; mais on sait encore peu de chose sur la nature de tels écarts. » (p. 103)
Un point est fait sur les recherches orientées vers les processus, pour mieux connaître les conditions psychologiques, physiques voire psychophysiques (pour l’effet de déclin ou l’effet expérimentateur psi) de production du psi (Chapitre 13).
Le Chapitre 14 sur les théories du psi est ambitieux, mais permet de répondre aux attentes en matière d’intégration de ces travaux au reste des connaissances établies. Schmidt les divise en deux : les théories basées sur la perception inconsciente du psi (Modèle de la réaction instrumentale médiatisée par le psi ; Théorie de l’augmentation de la décision ; Théorie de la première vue) ; et les théories basées sur une analogie avec la mécanique quantique (Théorie quantique généralisée ; Modèle de l’information pragmatique ; Théorie de la restauration de la symétrie temporelle). Cette partie de l’exposé est particulièrement brillante car elle montre tout l’intérêt heuristique de ces phénomènes, si tant est que les prédictions faites par ces modèles puissent être vérifiées.
Le livre ne contient pas de véritable conclusion et s’achève sur dix pages de bibliographie dans lesquelles il apparaît très clairement que les travaux cités sont pour une grande partie publiés dans des revues mainstream.
Le livre diffère de An Introduction to Parapsychology (Irwin & Watt, 2007) par le fait qu’il ne confond pas « parapsychologie expérimentale » et « psychologie anomalistique » ; et il diffère du New Handbook of Parapsychology (Cardena, Palmer, Marcusson-Clavertz, à paraître) ou de Evidence for Psi (Broderick & Goertzel, 2014) par sa concision et sa focalisation sur les expérimentations permettant des analyses quantitatives.
Bien sûr, comme toute introduction, les chercheurs familiers du domaine y trouveront des choses déjà connues d’eux. Mais la clarté d’analyse et les apports ponctuels de Schmidt sont utiles, en particulier pour les étudiants ou les enseignants. Enfin, pour ceux qui découvrent ce champ, les bilans réalisés par Schmidt sont tout à fait adaptés car éminemment prudents et équilibrés, expliquant avec justesse le bilan empirique de la parapsychologie en 2015, par un chercheur de premier plan. Son défaut majeur se trouve donc dans le fait qu’il ne soit disponible qu’en allemand !

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Réferences

Broderick, D., & Goertzel, B. (2014, dir.). Evidence for Psi : Thirteen Empirical Research Reports. New York : McFarland.
Cardena, E., Palmer, J., Marcusson-Clavertz, D. (à paraître, dir.). The new Handbook of parapsychology. Jefferson, N.C. : McFarland.
Irwin, H.J., Watt, C. (2007). An Introduction to Parapsychology, 5th Edition. New York : McFarland.