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Analyse du programme de remote viewing britannique

Durant près de vingt ans et jusqu’en 1995, le gouvernement américain a mené un programme militaire utilisant le "remote viewing" (terme correspondant globalement aux perceptions psi) en vue de différentes applications. Les documents relatifs à ce programme ont été progressivement déclassifiés. La Grande-Bretagne a également lancé des recherches classées secret défense sur ce sujet, dont certains documents ont été rendus publiques en 2007. Voici une description ainsi qu’une brève analyse de ces recherches britanniques.

Présentation générale

C’est manifestement après les attentats du 11 septembre 2001 que le gouvernement anglais a lancé précipitamment des recherches afin d’évaluer s’il était possible, à partir des méthodologies utilisées durant le programme américain, plus connu sous le terme de Stargate, d’obtenir des informations fiables pour différentes applications militaires (probablement dans l’espoir de lutter contre des menaces terroristes). Les rapports se présentent sous forme de deux documents d’environ 150 pages au total dont une partie des informations est restée confidentielle. Ils donnent cependant un bon aperçu des recherches menées.

Elles se sont déroulées de novembre à décembre 2001. Mises en place par des psychologues dont on ne connaît pas l’identité, elles visaient initialement à recruter d’éventuels sujets doués et à mener une première série de tests en s’appuyant sur des documents issus des recherches antérieures (en particulier le manuel de Controlled Remote Viewing développé par Ingo Swann). Certaines sessions semblent également avoir utilisé des caractéristiques du protocole Ganzfeld (bruit blanc, masque sur les yeux). On ne connaît pas les lieux où se sont déroulées ces expériences.

Les chercheurs ont tout d’abord tenté de contacter des sujets réputés pour leur expérience dans le domaine du remote viewing. Mais ils ont été contraints par manque de temps de mener des expériences avec des sujets non sélectionnés. L’objectif était ainsi de comparer les résultats obtenus avec des sujets non-sélectionnés avec ceux de sujets sélectionnés. Néanmoins, les documents auxquels nous avons accès portent uniquement sur la phase avec sujets non sélectionnés. Ainsi, on ne sait pas si des expériences ont été menées avec six "viewers" expérimentés, sur les douze contactés, qui avaient accepté de participer à ces recherches. Celles-ci s’inspirent en partie de travaux menés au Stanford Research Institute ayant initié le programme Stargate. Dix-huit sessions ont été menées sur une durée de deux mois, correspondant à seulement trois journées d’expérimentation.

Les sessions étaient conduites par des moniteurs qui sélectionnaient des pools de six cibles différentes (pour les sessions auxquelles ils ne participaient pas). Les cibles étaient associées à trois types de questions : Quel est cet endroit ? Où est cet endroit ? Qui est cette personne ? Les cibles étaient placées dans des enveloppes opaques et associées à des coordonnées, avec un total de 18 cibles dont la plupart sont restées confidentielles. Les descriptions des cibles par les sujets étaient ensuite évaluées par rapport à la pertinence des informations obtenues en se fondant notamment sur la grille des six stades proposée dans le manuel de Controlled Remote Viewing.

Plusieurs mesures étaient prises en compte durant les sessions (EEG, champ électro-magnétique). Elles étaient également enregistrées en audio et vidéo. Le comportement non-verbal des sujets est décrit de façon détaillée à chaque session. La retranscription des dessins et des descriptions verbales est également disponible.

Description des sessions

La première journée d’expérimentation eut lieu le 21 novembre 2001 et correspond aux six premières sessions. La première cible est une photo de mère Thérésa associée à la question : Qui est-ce ? (cf. photo ci-dessous)

Cible1

Le sujet, qui bien entendu ne connaît pas la cible, fait plusieurs dessins qui conduisent les analystes à penser qu’il y ait une possibilité que "le sujet ait accédé à certaines informations de la cible" (p.22). Les sessions 2 et 3 n’ont manifestement pas eu lieu pour des raisons non précisées. Les dessins du sujet, et non la cible, sont en revanche disponibles pour la session 4. L’analyse conclut à nouveau à "une possibilité [que le sujet] ait accédé à certaines caractéristiques associées à la cible dans son contexte" (p.29).

La cible 5 est également cachée. La mention "indian inhabitant" est cependant indiquée et la question correspondante est "Quelle couleur porte-t-il ?" (ce qui manifestement est différent des types de questions décidées initialement). La conclusion de l’analyste est : "Il est clair, à partir de l’analyse de la description du sujet, que la cible n’a pas été atteinte" (p.34). Enfin la session 6, qui clôture cette première journée, porte sur une cible qui est restée confidentielle. Le rapport conclut cette fois que le "le sujet pourrait avoir accédé à la cible" (p.38).

La septième session a lieu le lendemain. Nous n’en connaissons pas la nature. La conclusion est que "le sujet n’a pas atteint la cible", sachant qu’il a manifestement utilisé un "support" différent. Pour les essais 8, 9, et 10, dont les cibles ne sont pas non plus connues, la conclusion est la même.

La session 11 a lieu le 4 décembre. La description verbale du sujet est retranscrite cette fois. Le rapport conclut qu’il y a pour cet essai une "perception basique de la nature globale de la cible, de ses dimensions et de ses qualité physiques et qu’il y a donc une "possibilité [que le sujet] ait accédé à certaines caractéristiques associées à la cible dans son contexte" (partie 2, p. 8). La session 12 porte sur une station essence (cf. photo ci-dessous).

cible12

La conclusion est que "le sujet n’a clairement pas accédé à la cible" (p.14). Il en est de même pour la session 13 (p.18)

La session 14 a lieu le lendemain. La cible est restée confidentielle et "les résultats suggèrent une possibilité [que le sujet] ait accédé à certaines caractéristiques associées à la cible" (p.22). En revanche, la session 15 ne mène pas à des résultats concluants (p.26). La cible 16 est la photo d’un verre et le résultat est également non probant selon le rapport. La dernière session du 5 décembre porte sur l’image d’un couteau à moitié ouvert (cf. photo ci-dessous).

Cible 17

La conclusion est que "le sujet pourrait avoir atteint certaines caractéristiques associées à l’objet". Les sessions 18, 19 et 20 ont lieu 5 jours plus tard, le 10 décembre, et mènent toutes à la conclusion que "le sujet n’a pas atteint la cible" (p.40)

Conclusions du rapport

Le rapport propose ensuite quelques analyses et recommandations à partir des vingt sessions effectuées. Les auteurs indiquent tout d’abord que l’objectif du programme fut finalement d’évaluer les résultats obtenus avec des sujets non sélectionnés afin de pouvoir comparer ces résultats avec le groupe de sujets doués qui serait ensuite évalué. Plusieurs photos du matériel (cf. photo ci-dessous) sont disponibles. Celle des participants est restée cachée.

materiel

Les chercheurs n’ont pas obtenu de corrélations significatives entre les résultats des différentes mesures (EEG, champ électromagnétique). Cependant, ils remarquent que si de tels mécanismes correspondent à des champs d’une intensité très faible, ils sont probablement masqués par des variations dues à l’environnement. En outre, étant donné qu’il n’y a pas eu de session réellement convaincante, de telles corrélations étaient pratiquement impossibles à déterminer selon eux.

La durée des sessions fut comprise entre 25 et 51 minutes. Elle eut tendance à davantage varier avec l’entraînement des expérimentateurs. L’analyse du temps de respiration profonde est également proposée. Certains sujets ne sont jamais rentrés dans cet état tandis que l’un deux est resté en respiration profonde durant trente minutes. Le temps de relaxation nécessaire semble être de 15 minutes selon les auteurs du rapport et le temps enregistré avant un premier dessin est également très variable.

L’analyse globale des résultats conduit les auteurs du rapport à l’idée que "l’analyse des descriptions a montré que dans la majorité des cas les sujets n’ont pas réussi à atteindre les cibles de quelque façon que ce soit". Dans 28 % des sessions, la mention fut cependant que "le sujet peut avoir accédé à des caractéristiques de la cible".

analyse resultats

Selon ces critères, le rapport précise qu’ un sujet eut des succès à trois reprises, un autre deux fois et un troisième une seule fois (partie 2, p.61).

resultats sujets

Ils concluent donc logiquement : "A partir de ces résultats, il est clair que les sujets non entraînés n’obtiennent pratiquement pas de succès. Cependant, ces tests serviront pour évaluer comparativement des sujets entraînés."(partie 2, p.62). Les auteurs remarquent notamment que "le problème majeur pour poursuivre une investigation scientifique des activités de RV est de trouver des sujets doués pour participer à des tests scientifiques" (partie 2, p.63)

Le rapport se termine par plusieurs documents en annexe qui portent sur les protocoles utilisés, le matériel et les sujets contactés. Ils ne présentent pas d’intérêt particulier et certains d’entre eux sont restés confidentiels.

Analyse globale du programme

Il est difficile de comparer le programme américain avec celui mis en place plus tardivement par la Grande-Bretagne étant donné sa brièveté (seulement trois jours d’expériences) et les faibles moyens mis en œuvre. Il se dégage tout d’abord des documents disponibles l’impression que ces recherches furent mises en place à la hâte et de façon approximative. C’est probablement ce qui a conduit les psychologues en charge de ces travaux à ne pas utiliser des sujets supposés doués (malgré, manifestement, une volonté initiale) comme ce fut le cas lors de Stargate. S’agit-il d’une conséquence du contexte particulier ayant succédé aux attentats du 11 septembre qui a conduit à cette façon de procéder ?

Les rapports de Stargate avaient pourtant mis en évidence la nécessité de sélectionner les sujets (d’après ces études, seulement 1% de la population aurait de telles aptitudes). A moins de supposer une chance extraordinaire, d’un simple point de vue statistique, il était donc logique que les résultats obtenus aient de fortes chances d’être de qualité médiocre. Les auteurs du rapport en sont conscients puisque ces résultats sont finalement considérés comme une sorte d’exercice préliminaire ayant pour fonction de comparer les résultats obtenus avec ceux de sujets plus expérimentés lors de tests ultérieurs. De façon globale, on ne peut qu’être d’accord avec les analyses négatives de la plupart des sessions qui montrent des résultats très inférieurs à ceux obtenus lors de programmes d’applications antérieurs. Les correspondances entre les descriptions et les cibles sont parfois totalement erronées et dans le meilleur des cas elles restent approximatives.

On peut également remarquer quelques détails surprenants qui interrogent l’importance des moyens mis en œuvre. Par exemple le fait qu’il fut demandé aux psychologues de participer à une session en tant que sujet, ce qui leur aurait fortement déplu, ou encore que les EEG utilisés ont été fabriqués à partir de données trouvées sur Internet.

De façon générale, ce rapport souligne surtout la complexité de ce type d’expérience étant donné la nécessité manifeste de sélectionner des sujets vu le peut de succès obtenus avec des sujets non sélectionnés. A partir de ces quelques sessions, il est donc difficile de pouvoir arriver à des conclusions définitives si ce n’est que des moyens plus importants sont nécessaires pour tester empiriquement les résultats obtenus précédemment lors de ce genre de recherches. Enfin, Il est très difficile de déterminer si la suite de ces recherches, avec des sujets sélectionnés, a vu le jour étant donné qu’il s’agit des seuls documents déclassifiés à l’heure actuelle. Il est tout à fait envisageable qu’il ne s’agisse que du premier volet d’une recherche qui est toujours en cours ou qu’au contraire, ce type de recherche ne fut pas mené à terme étant donné ces premiers résultats décevants.

Nous menons actuellement un programme de recherche du même type. Vous trouverez davantage d’informations à ce sujet ici.